Le futur des monnaies
Les principaux points à retenir
- Une hausse structurelle de l'inflation, si elle n'est pas combattue par des poitiques monétaires crédibles, pourrait déclencher une perte de confiance généralisée dans les monnaies fiduciaires.
- l'érosion du statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale devrait se poursuivre. Mais l'absence d'alternatives crédibles porte à croire que le billet vert conservera sa suprématie mondiale.
- Il semble peu porbable que les cryptomonnaies remplacent les monnaies fiduciaires, mais elles favoriseront l'émergence de monnaies numérique de banques centrales (MNBC).
Le statu quo risque de ne pas durer éternellement
Le système actuel de taux de change flottants découle directement de la décision du président américain Richard Nixon de mettre fin «temporairement» à l’étalon-or en août 1971. Mais plus de 50 ans plus tard, la pérennité des monnaies fiduciaires ne devrait pas être tenue pour acquise. Même si l’on présume que le papier-monnaie a de la valeur, alors qu’il n’est plus adossé à des métaux précieux, une période prolongée de forte inflation est en effet susceptible de remettre en cause cette présomption.
L’inflation pourrait certes persister, mais un retour à des taux de change fixes (dont on sait qu’ils maintiennent l’inflation à un faible niveau) reste très improbable au cours de la prochaine décennie. Les autorités monétaires risquent toutefois d’être confrontés, de manière croissante, au choix peu enviable entre maîtrise de l’inflation et gestion de l’énorme poids de la dette. En donnant la priorité à la gestion de l’endettement par rapport à la lutte contre une inflation élevée, les banques centrales pourraient déclencher une perte de confiance généralisée dans les monnaies, susceptible d’entraîner une modification du régime de change.
L'avenir du billet vert
Depuis des années, la suprématie du dollar comme monnaie de réserve mondiale a été sujette à controverse, et les évolutions récentes sont susceptibles de raviver ce débat.
L’une des raisons de la suprématie du dollar tient à sa large utilisation dans le commerce international. Mais l’importance croissante de la Chine dans l’économie mondiale devrait entraîner une augmentation des transactions réalisées en renminbis, notamment hors des Amériques et d’Europe. Les restrictions considérables imposées en Chine aux entrées et sorties de capitaux constituent néanmoins un obstacle important pour le renminbi. Pour autant, la volonté de la Chine de réduire sa dépendance à l’égard du dollar devrait l’inciter à intensifier ses efforts en vue d’internationaliser sa monnaie, en favorisant sa large utilisation et en améliorant sa convertibilité.
Le récent renforcement des sanctions américaines à l’encontre de certains pays, notamment la Russie et l’Iran, pourrait également réduire l’attrait du billet vert en tant que monnaie de réserve fiable. Dans le même ordre d’idées, les tensions économiques croissantes entre les Etats-Unis et d’autres pays, ainsi que la montée du populisme dans le monde, seraient susceptibles de provoquer une fragmentation de l’économie mondiale en blocs commerciaux régionaux. Cette évolution entraînerait probablement aussi une réduction du rôle international de la monnaie américaine, ce qui pèserait sur sa valeur.
L'impact des cryptomonnaies
L’émergence des cryptomonnaies est également susceptible d’avoir un impact sur les monnaies fiduciaires. Nous ne considérons pas les cryptomonnaies comme des monnaies au sens traditionnel du terme, car elles ne remplissent pas les trois fonctions principales d’une monnaie (servir de moyen de paiement, d’unité de compte et de réserve de valeur). De ce fait, nous ne les voyons pas remplacer les monnaies fiduciaires.
Mais elles pourraient annoncer l’avènement de versions numériques des monnaies fiduciaires existantes, appelées monnaies numériques de banques centrales (MNBC). En théorie, les MNBC pourraient rendre complètement obsolètes les dépôts auprès des banques commerciales. Nous doutons cependant qu’en plus de leur mission principale consistant à préserver la stabilité des prix, les banques centrales soient prêtes à se charger des activités en relation avec le grand public assumées par les banques commerciales.
Au final, les banques centrales devront trouver un équilibre entre la possibilité d’améliorer les systèmes de paiement grâce aux MNBC et la menace que celles-ci font peser sur la stabilité du système bancaire commercial existant. Pour les banques centrales, l’une des solutions consisterait à ouvrir les MNBC aux investisseurs particuliers, mais jusqu’à un certain plafond: par exemple, l’équivalent du montant maximum en billets et en pièces qu’ils pourraient normalement détenir. Les MNBC pourraient ainsi remplacer l’argent liquide, sans pour autant mettre en danger le système bancaire.